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Chasseurs à l'Arc de l'Ardèche
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Mon premier renard à l'arc
Nous sommes en juillet, le rut du chevreuil est en cours mais aucun brocard n'aura été vu ce soir… dommage. Un grand pré bordé par un chemin (dont les abords sont en partie boisés) qui le surplombe est le théâtre d'un spectacle impressionnant. Si les chevreuils se cachent, ce n'est pas le cas de ces renards qui « mulottent » au loin. Il doit y en avoir 6, 7 ? Je ne sais pas, ils sont loin et certains apparaissent tandis que d'autres disparaissent ? Combien y en a-t-il ?... Je commence à sentir en moi cette sensation de prédateur, celle qui vous fait rechercher la proximité de l'animal, celle qui vous donne envie de tirer une flèche parfaite, pour que l'attente d'avoir la certitude que l'acte de chasse est bien achevé soit la plus courte possible.
Mais comment faire pour les approcher ? ils sont à plus de 200 mètres et il me faudrait traverser un pré où rien, absolument rien ne peut me permettre de me cacher… alors il ne me reste plus que la chance… essayer de bien se placer sur le chemin pour qu'un renard arrive à distance de tir. Mais ces animaux se déplacent sans arrêt, il est difficile de savoir où ils vont aller quand ils trotteront en direction d'un bruit délicieux, promesse d'un casse-croûte savoureux.
Depuis 30 minutes, j'ai bien repéré leurs attitudes, certains font des allers-retours dans les hautes herbes alors que deux renards, plus gros, vont dans la même direction, vers ma droite. C'est ma chance ! C'est sûr ! Le premier se rapproche rapidement du chemin où je suis, mais il va être trop loin de moi, je dois avancer sur ce chemin ! Il est à 60 mètres minimum, je m'aplatis autant que je le peux pour avancer vers ce point sur le chemin où il semble se diriger… j'avance en suivant des yeux ma proie, comme le font ces lionnes que j'admire tant. Mais je ne suis pas un lion, et mon renard n'est pas décidé à me laisser l'approcher aussi facilement… il s'éloigne doucement du chemin.
J'ai raté une bonne occasion me dis-je alors, tout en estimant avoir vécu de belles émotions.
C'est alors que la chance me sourit à nouveau : le deuxième renard fait comme le premier mais plus lentement, et il a tendance, me semble-t-il, à se rapprocher un peu plus du chemin. Il est à 50 mètres, beaucoup trop loin pour le moment… laissons-le s'avancer, être confiant, sans méfiance inutile… Je continue ma difficile progression, transpirant alors que je fais du 5 mètres à la minute, les muscles contractés alors qu'aucune branche ne gène ma progression ! Que se passe-t-il ? Par quelle magie suis-je dans cet état ? C'est la chasse, tout simplement… et je ne quitte pas mon renard des yeux, j'avance, doucement mais j'avance.
Je ne peux pas aller plus vite sous peine d'être repéré, ma silhouette se découpant visiblement sur le talus derrière moi. Enfin, je sens que le moment arrive, le moment où je vais pouvoir viser et tirer. Mais la nuit aussi arrive à grands pas !!! Je bouille intérieurement, puis je me calme et prends conscience que cette pénombre qui arrive doucement peut faire mon affaire : je serai moins visible, même debout, dans quelques minutes !
Mais mon renard ne s'en soucie pas, tant mieux, et il continue à se rapprocher de ce fameux point de convergence. Il est à 20 mètres, pas plus ! Je me redresse alors doucement, tout doucement, et je me calme… je me concentre… je me prépare mentalement : « pick a spot » me dis-je ! Et je me revoie armant mon arc à poulies, visant tranquillement le pou sur l'épaule du renard, ou plutôt sur cette ombre car la nuit est arrivée bien vite. Je vois cette silhouette à 18 mètres, ma distance d'entraînement, ¾ avant, arrêtée, les oreilles vers le sol, à l'écoute de son repas… c'est alors que je décoche ma flèche, qui part vite, très vite ! Tellement vite que je ne la vois pas arriver… j'entends juste un « crac » et un bruit plus sourd mais je ne sais pas où j'ai tapé !!!! Le renard démarre comme une furie au moment même où je perçois ces bruits !!! Il galope vers le chemin où je suis et le traverse… j'ai repéré son passage, mais il fait presque nuit à présent, je ne veux pas risquer de le perdre, s'il retourne dans son terrier, certains ne sont pas loin, à cause de ma précipitation à vouloir le retrouver. Je reviendrai demain matin.
Je ne savais pas où avait tapé ma flèche… j'ai eu ma réponse le lendemain matin, 10 minutes à peine après avoir entamé mes recherches.
Tout d'abord j'ai retrouvé les morceaux de mouchoir en papier sur le chemin, là où j'étais quand j'ai tiré, puis j'ai repéré la direction de l'anschuss, marquée également de cette manière à 4 ou 5 mètres dans le pré.
Ceci m'a permis d'identifier « la » fameuse touffe d'herbe qui était devant mon renard au moment crucial… et j'ai ainsi pu trouver, après 5 bonnes minutes de recherche dans les herbes, ma flèche ! Dessus il y a du sang, peu, mais il y en a ! Il y a aussi des poils, peu, mais il y en a ! Et surtout il y a cette odeur, forte et tenace ! J'ai lu à de nombreuses reprises qu'une odeur forte pouvait être signe d'une flèche d'intestin… dois-je être rassuré ? « Au moins » me dis-je, « j'ai bien fait de ne pas le chercher hier soir, avec une flèche d'intestin, il a pu courir loin… ». Je suis donc déçu de ne pas voir du sang en abondance sur les herbes basses. Il n'y a rien, pas une goutte… je décide alors de me diriger vers l'endroit où je crois l'avoir vu monter pour traverser le chemin. Et là, toujours rien, aucun signe, pas une trace ! Pourtant je suis sûr qu'il est passé ici, à 3 mètres près je sais où il est passé ! Mais non, pas de signe pour me rassurer, juste cette flèche, ce bruit de fracture et ce son mat… je me pose alors les questions que tout archer se poserait dans de pareilles circonstances : ai-je bien fait de tirer alors que la nuit arrivait ? N'était-il finalement pas trop loin ? etc. Mais je dois continuer à y croire ! Je me dis que si dans 10 mètres (j'en ai fait 25), je n'ai pas de signe visible et rassurant, je reviendrai avec un chien. Je replonge le nez par terre, j'épie chaque cailloux, chaque feuille, rien ! Toujours rien ! Alors je me dis que, pour avoir une chance de le retrouver, je vais m'écarter un peu du chemin, rentrer de quelques mètres dans le sous bois dense où il est rentré pour regarder si je ne le vois pas… et c'est alors que la chance me sourit, il est là, étendu, mort, à 3 mètres au dessus du chemin ! Là il y a du sang, beaucoup ! La trilame que j'ai utilisée a fait un trou énorme dans son flan, au défaut de l'épaule. Mais je le retourne et je vois la trajectoire de ma flèche et je comprends tout : le craquement, le son mat, la fuite rapide, le léger bruit perçu après la traversée du chemin, et le silence qui a suivi.
Ma flèche l'a traversé de part en part, en diagonale, en cassant l'omoplate droite, en perforant le foie et les intestins. Je comprends tout ! Et je savoure… je savoure, j'apprécie ce cadeau que ce renard m'a fait en me laissant l'approcher, le tirer puis finalement le tuer. Un regret m'envahit aussi, une certaine honte, mais ma joie est trop grande, j'ai réussi à prélever mon premier renard à l'arc, et qui plus est, avec une très bonne flèche !
Merci à « mon » renard.
Grégoire MATHIEU
Récit de chasse
Association des Chasseurs à l'Arc de l'Ardèche - Fédération Départementale des Chasseurs de l'Ardèche Col de l'Escrinet - 07 200 Saint-Etienne de Boulogne - Tel : 04 75 87 88 20 - Courriel : adca07@free.fr
Association affiliée à la Fédération Française des Chasseurs à l'Arc
Mise à jour : 11 juillet 2013 - Optimisé pour un affichage en 1024 x 768
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